Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome VI.djvu/238

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II.

 
Sainte-Hélène ! — leçon ! chute ! exemple ! agonie !
L’Angleterre, à la haine épuisant son génie,
Se mit à dévorer ce grand homme en plein jour ;
Et l’univers revit ce spectacle homérique ;
La chaîne, le rocher brûlé du ciel d’Afrique,
             Et le Titan — et le Vautour !

                                    *

Cependant ces tourments, cette auguste infortune,
Cette rage punique, implacable rancune,
Faisant saigner d’en bas le grand crucifié,
Ces affronts, qui tombaient sur toute âme hautaine,
Comme un vase profond où coule une fontaine,
Emplissaient lentement le monde de pitié.

Pitié des nobles cœurs ! cri de toute la terre !
Qui t’irritaient dans l’ombre, ô geôlier d’Angleterre !
Car l’admiration, de son feu souverain,
Endurcit l’homme vil, amollit la grande âme.
Hélas ! où pleure un brave, un lâche rit, La flamme
             Sèche la fange et fond l’airain.

                                    *

Lui, pourtant, restait fier comme un roi chez son hôte.
On l’entendait parler dans son île à voix haute.
Il rêvait ; il dictait d’illustres testaments ;
Il repoussait l’oubli dont l’exil s’enveloppe ;
Et, quand son œil parfois se tournait vers l’Europe,
Il en venait encore de grands rayonnements.