Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome VII.djvu/210

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Car la jeunesse est admirable,
La joie emplit nos sens hardis ;
Et la femme est le divin diable
Qui taquine ce paradis.

Elle tient un fruit qu’elle achève
Et qu’elle mord, ange et tyran :
Ce qu’on nomme la pomme d’Ève,
Tristes cieux ! c’est le cœur d’Adam.

J’ai toute la nuit eu la fièvre.
Je vous adorais en dormant ;
Le mot amour sur votre lèvre
Faisait un vague flamboiement.

Pareille à la vague où l’œil plonge,
Votre gorge m’apparaissait
Dans une nudité de songe,
Avec une étoile au corset.

Je voyais vos jupes de soie,
Votre beauté, votre blancheur ;
J’ai jusqu’à l’aube été la proie
De ce rêve mauvais coucheur.

Vous aviez cet air qui m’enchante,
Vous me quittiez, vous me preniez ;
Vous changiez d’amour, plus méchante
Que les tigres calomniés.

Nos âmes se sont dénouées,
Et moi, de souffrir j’étais las ;
Je me mourais dans des nuées
Où je t’entendais rire, hélas !

Je me réveille, et ma ressource
C’est de ne plus penser à vous,