Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome VII.djvu/211

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Madame, et de fermer la source
Des songes sinistres et doux.

Maintenant, calmé, je regarde,
Pour oublier d’être jaloux,
Un tableau qui dans ma mansarde
Suspend Venise à quatre clous.

C’est un cadre ancien qu’illumine,
Sous de grands arbres, jadis verts,
Un soleil d’assez bonne mine
Quoique un peu mangé par les vers.
 
Le paysage est plein d’amantes,
Et du vieux sourire effacé
De toutes les femmes charmantes
Et cruelles du temps passé.

Sans les éteindre, les années
Ont couvert de molles pâleurs
Les robes vaguement tramées
Dans de la lumière et des fleurs.

Un bateau passe. Il porte un groupe
Où chante un prélat violet ;
L’ombre des branches se découpe
Sur le plafond du tendelet.

À terre, un pâtre, aimé des muses,
Qui n’a que la peau sur les os,
Regarde des choses confuses
Dans le profond ciel, plein d’oiseaux.


18 septembre 1859.