Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome VII.djvu/23

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Il plonge au noir zénith ; il joue
Avec tout ce qu’on peut oser ;
Le zodiaque, énorme roue,
A failli parfois l’écraser.

Dieu fit le gouffre à son usage.
Il lui faut les cieux non frayés.
L’essor fou, l’ombre, et le passage
Au-dessus des pics foudroyés.

Dans les vastes brumes funèbres
Il vole, il plane ; il a l’amour
De se ruer dans les ténèbres
Jusqu’à ce qu’il trouve le jour.

Sa prunelle sauvage et forte
Fixe sur l’homme, atome nu,
L’effrayant regard qu’on rapporte
De ces courses dans l’inconnu.

Il n’est docile, il n’est propice
Qu’à celui qui, la lyre en main,
Le pousse dans le précipice,
Au delà de l’esprit humain.

Son écurie, où vit la fée.
Veut un divin palefrenier ;
Le premier s’appelait Orphée,
Et le dernier, André Chénier.

Il domine notre âme entière,
Ézéchiel sous le palmier
L’attend, et c’est dans sa litière
Que Job prend son tas de fumier.