Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome VII.djvu/282

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Les prés, où chantent les cigales,
Et l’Ombre ont le même cadran.
Ô fleurs, vous êtes les égales
Du formidable Aldébaran.

L’intervalle n’est qu’apparence.
Ô bouton d’or tremblant d’émoi,
Dieu ne fait pas de différence
Entre le zodiaque et toi.

L’être insondable est sans frontière.
Il est juste, étant l’unité.
La création tout entière
Attendrit sa paternité.

Dieu, qui fit le souffle et la roche,
Œil de feu qui voit nos combats,
Oreille d’ombre qui s’approche
De tous les murmures d’en bas,

Dieu, ce père qui mit des fêtes
Dans les éthers, dans les sillons,
Qui fit pour l’azur les comètes
Et pour l’herbe les papillons,
 
Et qui veut qu’une âme accompagne
Les êtres de son flanc sortis,
Que l’éclair vole à la montagne
Et la mouche au myosotis,
 
Dieu, parmi les mondes en fuite,
Sourit, dans les gouffres du jour,
Quand une fleur toute petite
Lui conte son premier amour.


26 juin 1859.