Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome VII.djvu/298

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Jadis la naïade à Boccace
Vendait le reflet d’un étang,
Glaïeuls, roseaux, héron, bécasse,
Pour un sonnet, payé comptant.

Le poëte est une hirondelle
Qui sort des eaux, que l’air attend,
Qui laisse parfois de son aile
Tomber des larmes en chantant.

L’or du genêt, l’or de la gerbe,
Sont à lui ; le monde est son champ ;
Il est le possesseur superbe
De tous les haillons du couchant.

Le soir, quand luit la brume informe,
Quand les brises dans les clartés
Balancent une pourpre énorme
De nuages déchiquetés,

Quand les heures font leur descente
Dans la nue où le jour passa,
Il voit la strophe éblouissante,
Pendre à ce décroche-moi-ça.

Maïa pour lui n’est pas défunte ;
Dans son vers, de pluie imbibé,
Il met la prairie ; il emprunte
Souvent de l’argent à Phœbé.

Pour lui le vieux saule se creuse.
Il a tout, aimer, croire et voir.
Dans son âme mystérieuse
Il agite un vague encensoir.