Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome VII.djvu/297

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Il achète le feu de forge,
L’écume des écueils grondants,
Le cou gonflé du rouge-gorge
Et les hymnes qui sont dedans.

Il achète le vent qui râle,
Les lichens du cloître détruit,
Et l’effraction sépulcrale
Du vitrail par l’oiseau de nuit.

Et l’espace où les souffles errent,
Et, quand hurlent les chiens méchants,
L’effroi des moutons qui se serrent
L’un contre l’autre dans les champs.

Il achète la roue obscure
Du char des songes dans l’horreur
Du ciel sombre, où rit Épicure
Et dont Horace est le doreur.

Il achète les rocs incultes,
Le mont chauve, et la quantité
D’infini qui sort des tumultes
D’un vaste branchage agité.

Il achète tous ces murmures,
Tout ce rêve, et, dans les taillis,
L’écrasement des fraises mûres
Sous les pieds nus d’Amaryllis.

Il achète un cri d’alouette,
Les diamants de l’arrosoir,
L’herbe, l’ombre, et la silhouette
Des danses autour du pressoir.