Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome VII.djvu/305

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AU CHEVAL.


I


Monstre, à présent reprends ton vol.
Approche, que je te déboucle.
Je te lâche, ôte ton licol,
Rallume en tes yeux l’escarboucle.
 
Quitte ces fleurs, quitte ce pré.
Monstre, Tempé n’est point Capoue.
Sur l’océan d’aube empourpré,
Parfois l’ouragan calmé joue.

Je t’ai quelque temps tenu là.
Fuis ! — Devant toi les étendues,
Que ton pied souvent viola,
Tremblent, et s’ouvrent, éperdues.

Redeviens ton maître, va-t’en !
Cabre-toi, piaffe, redéploie
Tes farouches ailes, titan,
Avec la fureur de la joie.

Retourne aux pâles profondeurs.
Sois indomptable, recommence
Vers l’idéal, loin des laideurs,
Loin des hommes, ta fuite immense.