Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome VII.djvu/91

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Mon pouls dans mes tempes battait ;
Et le marquis riait de Jeanne !
Le soir la campagne se tait,
Le vent dort, le nuage flâne ;

Mais le poëte a le frisson,
Il se sent extraordinaire,
Il va, couvant une chanson
Dans laquelle roule un tonnerre.

Je me dis : — Cyrus dégaîna
Pour reprendre une bandelette
De la reine Abaïdorna
Que ronge aujourd’hui la belette.

Serai-je moins brave et moins beau
Que Cyrus, roi d’Ur et de Sarde ?
Cette reine dans son tombeau
Vaut-elle Jeanne en sa mansarde ? —

Faire le siège d’un ruban !
Quelle œuvre ! Il faut un art farouche ;
Et ce n’est pas trop d’un Vauban
Complété par un Scaramouche.

Le marquis barrait le chemin.
Prompt comme Joubert sur l’Adige,
J’arrachai l’objet de sa main.
— Monsieur ! cria-t-il. — Soit, lui dis-je.

Il se dressa tout en courroux.
Et moi, je pris ma mine altière.
— Je suis marquis, dit-il, et vous ?
— Chevalier de la Jarretière.