Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/117

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Je déclare ton Dieu fini.

                                      Vois ! Monotone
Quand, zéphyr, il roucoule, et quand, bourrasque, il tonne,
Rajustant l’ancien cadre aux anciens horizons,
Il n’a que quatre vents et que quatre saisons.
Vieux grand-père en enfance, il ne sait qu’une fable.
Et dans tous les recoins de son œuvre ineffable,
Dans son éclair qui n’est que du rayon cassé,
Dans la mare stagnante au fond de tout fossé,
Dans le perroquet vide et bavard comme l’homme,
Dans Ève et dans Vénus cueillant la même pomme,
Dans la fumée aussi vague que le brouillard,
Dans le dindon pleureur et dans l’âne braillard,
Dans les orangs-outangs autrefois troglodytes,
Dans le cygne pareil au lys, que de redites !

L’Auvergne et ses volcans s’éteignent ; au verso
Expirent Ténériffe et le Chimborazo ;
À force de cracher toujours le même soufre,
L’Hékla meurt ; le Gibel est au fond de son gouffre ;
Vésuve époumoné n’est qu’un essoufflement.
Dans la bête hurlant toujours son hurlement,
Dans le flux et reflux rongeant toujours sa digue,
Dans le temps, dans l’espace, on sent de la fatigue.
La mer poussive jette un sanglot décrépit ;
Son antique courroux n’est plus qu’un vieux dépit,
Et sa tempête a pris la forme d’un catarrhe.
Comme on voit pendre au mur un spectre de guitare,
La vieille poésie, où l’amour a vingt ans,
Frissonne dans le vide avec le vieux printemps.
Dieu regarde tourner la nature, machine
Qu’il domine, accroupi comme un magot de Chine ;
Et cela va si mal et c’est si mal bâclé
Qu’on dirait par moments qu’il a perdu la clé.
Quelque jour l’araignée emplira de ses toiles
L’horloge du matin, du soir et des étoiles,