Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/118

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Et le bien, et le mal, et le sort, noirs bahuts
Mal emboîtés, mal peints, mal cloués, mal fichus.

Vois ! L’azur est ridé, l’aube tousse et grelotte ;
La jeunesse éternelle est à la fin vieillotte ;
Le chant du point du jour chevrote quelque peu.
Juillet caduc voudrait s’asseoir au coin du feu ;
Le bonhomme janvier geint, et sans verve épanche
La neige qui jaunit de l’ennui d’être blanche ;
Floréal est fané, passé, mangé des vers.
Ce sont des lieux communs que ces bocages verts
Où vient nicher la grive, où vient glapir la caille ;
La rose au frais bouton n’est plus qu’une antiquaille.
Les grands nuages sont d’informes arrosoirs ;
Et le haut firmament, sombre pourpre des soirs,
Rideau des arcs-en-ciel, déployant sur l’abîme
Ses constellations, épouvante du crime,
Et ses nuits dont les yeux semblent tout épier,
Est une loque à pendre au clou chez le fripier.
Ce monde, chaque jour plus gothique et plus trouble,
S’embourbe plus avant dans l’ombre qui redouble ;
L’homme en entend crier les joints, craquer les ais ;
Et les religions attellent sans succès
L’éléphant de Brahma, le bœuf Apis, la bête
Que saint Jean vit ayant sept cornes sur la tête,
Et le cheval Pégase et la jument Borak
À ce noir chariot chargé de bric-à-brac !

Dieu ne fait de l’effet qu’en forçant les contrastes.
Son univers, malgré des détails assez vastes,
N’est qu’un long cliquetis au fond très puéril ;
Le blanc, le noir ; le jour, la nuit ; décembre, avril ;
Salomon et Piron déclamant la même ode ;
Le cygne et le corbeau ; Marc-Aurèle et Commode ;
Vice, vertu ; la course effarée et le mors ;
La rumeur des vivants, le silence des morts ;
Que tout crie et pérore ! Assez, que tout se taise !