Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/145

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Fi ! C’est de mauvais goût. On usurpe aujourd’hui
avec indulgence.


Gunich.

Humpf !


Le duc Gallus.

Mon frère mort, l’ennui
me prit. être sujet d’un marmot, c’était rude ;
je fis je ne sais plus trop quelle platitude
à Kaunitz, et je fus reconnu duc régnant.
Je me débarrassai du mioche en l’éloignant.
Dans ces bois, comme fils d’un vieux maître de forge,
je l’ai fait élever. C’est l’étudiant George.
Point de dégât. J’ai mis dans ces monts, purs sommets,
mon prince légitime en sevrage à jamais.
Incognito, tout seul avec toi, sans escorte,
je viens de temps en temps voir comment il se porte.
Il ne se doute pas qu’il est duc.


Gunich.

C’est profond,
mais doux.


Le duc Gallus.

Les rois se font, mon cher, et se défont.


Gunich.

Humpf !


Le duc Gallus.

Ce que nous nommons nos droits, nous autres princes,
sont-ce des droits ? Oui. Non. Puisque j’ai les provinces,
je les garde. Elles sont à mon neveu, mais quoi !
étant un peu larron, je suis d’autant plus roi !
Le premier qui fut roi fut un voleur sans juges.
Bah ! Tout est bien, les bois sont d’augustes refuges,
ce garçon est vivant, les nids chantent, les cieux
sont sur nous. Quant à moi, je règne de mon mieux ;
j’ai brisé les vieux jougs et les vieilles bricoles,