Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/161

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Toute cette ombre aimable est d’aube pénétrée.
Il s’agit maintenant d’y faire mon entrée.
Quaerens quem devoret. C’est moi. --George, mon cher,
on vous aime, mais bah ! La beauté c’est la chair,
la femme c’est la faute ; et vous avez le charme,
jeune homme, vous avez l’amour ; mais j’ai mon arme,
l’expérience. Ami, vous allez en avant,
beau, tendre, frais, naïf. Moi, je suis le savant,
l’artiste. Il est ardent, moi calme. Il a l’ivresse,
j’ai l’appétit.
Cependant Nella est sortie de la tourelle ; elle fait quelques
pas, et s’arrête,
sans voir Gallus et Gunich. Le duc la montre à Gunich.
Comment trouves-tu ma maîtresse ?
Gunich salue profondément le dos de Nella, immobile sur le
devant du théâtre.
Le duc Gallus regarde par la fenêtre d’où il a aperçu le père
travaillant dans
les champs.
Le pauvre père est dupe, et George tient Nella !


Gunich.

Nous venons au secours du père. Enlevons-la.
Vous êtes roi ; je suis un baron pour tout faire.
Donc…
Le duc Gallus fait un signe de tête négatif.


Le duc Gallus.

J’ai l’attraction. Je suis la haute sphère.
Passer près d’elle doit suffire.
Nella, allant à une armoire.
Et mon couvert
qui n’est pas mis !
Elle tire de l’armoire une nappe de grosse toile très blanche
qu’elle étale sur la
table, puis des vaisselles et des gobelets d’étain, un pot de
lait et un pain bis,
qu’elle dispose avec symétrie, puis deux assiettes et deux
cuillers de fer, et elle
place deux chaises devant les deux assiettes.
Le duc Gallus la contemple. Gunich et lui sont restés au fond
de la salle.
Elle ne se doute pas de leur présence.
Le duc gallus, à gunich.
Va-t’en rêver dans le bois vert.