Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/172

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Vite ! Donnons l’assaut.
Haut à Nella.
Que diriez-vous, madame,
d’un prince qui voudrait vous apporter son âme,
son rang, ses millions, son nom grand et vainqueur ?


Nella.

Le nom est quelquefois le contraire du cœur ;
nom auguste, esprit vil ; nom obscur, âme illustre.
Parfois le pâtre est prince et le monarque est rustre.
Ici c’est l’ombre. On n’a pas vu, dans ce manoir,
de princes, et l’on trouve inutile d’en voir,
et j’ai toujours pensé, quant à moi, qu’une altesse,
c’était de la grandeur, mais de la petitesse.
Le duc gallus, à part.
Brusquons.
Haut.
Vous devez, car il faut bien être heureux,
avoir un amant.
Nella, le regardant fixement.
Moi !


Le duc Gallus.

Pardon. Un amoureux.


Nella.

De quoi vous mêlez-vous ? Venez-vous des étoiles
pour oser regarder l’âme à travers ses voiles !
Si j’aime, mon amour s’ajoute à mon orgueil.
Il est pur, grave et fier, et ma mère au cercueil
le sait, en attendant que mon père le sache.
L’innocence se voile et la faute se cache.
Je ne me cache pas. Aimer est ma grandeur.
Mon secret est sans honte et n’est pas sans pudeur.
Mon cœur cherche la nuit, mais ne craint pas le blâme.