Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/171

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



Le duc Gallus.

L’empereur pourrait, tout étant calme aujourd’hui,
lui faire grâce.


Nella.

Hein ? Lui faire grâce ! à lui !
Lui seul aurait le droit de faire grâce aux autres.
De qui donc croyez-vous parler ?


Le duc Gallus.

De l’un des nôtres.
D’un seigneur.


Nella.

Les seigneurs sont aussi courtisans.
Point. Nous sommes, mon père et moi, des paysans.
Mon père est un soldat, je suis une vachère.
Notre chute profonde et haute nous est chère.
Ah ! Lui peut s’appuyer aussi sur mon honneur !
Mon père est en dépôt dans mes mains. Son bonheur
est mon devoir. Je sais que je dois être forte.
Je suis le seul débris de sa famille morte ;
il n’a que moi. Vivez, vous les hommes dorés !
Oui, mes vaches, je vais les traire dans les prés.
J’aime leurs grands yeux bleus qu’on dirait pleins d’un rêve ;
elles donnent leur lait à vous tous ; je me lève
de grand matin, je cours, je saute les fossés,
je me mouille les pieds dans l’herbe ; je ne sais
si le roi Frédéric combat l’empereur Charle ;
mais elles, dans les champs, m’attendent ; je leur parle ;
chacune semble heureuse et gaie en m’écoutant ;
elles lèchent mes mains, et j’ai le cœur content
dans la grande nature, et loin de vos chimères,
moi bonne fille, avec toutes ces bonnes mères.
Le duc gallus, à part.
Je ne sais pas pourquoi je tremble comme un sot.
Serais-je un honnête homme à mon insu ? L’assaut !