Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/188

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qu’on nomme Amour, un lit, pas en trop grosse toile,
un nuage où l’on flotte, on ne sait quel vivant
char d’aurore emporté par le rêve et le vent,
et pas plus de travail que l’oiseau sur la branche !
Pensive.
L’œil est d’autant plus doux que la main est plus blanche.
L’amour, dit l’Amadis de monsieur de Tressan,
c’est la vie. Et je hais le parler paysan.
Ouvrière. Orpheline. Oh ! Je songe, et Dieu laisse
entrer dans mon œil trouble un regard de duchesse,
et j’ai des visions folles, plaire, charmer,
être libre, être belle, être adorée ! Aimer !
Elle se remet à sa toilette.
Elle prend la coiffure de mariée et regarde les quatre murs de sa
chambre.
Je n’ai pas de miroir, tant je suis misérable !
Elle sort de la chaumière, et va au puits de la source.
Si Dieu n’avait pas mis cette eau sous cet érable,
je n’aurais pas moyen de me coiffer, vraiment.
Elle se mire dans l’eau, tout en ajustant sa coiffure.
La fleur d’oranger. Peuh ! --la rose, c’est charmant.
Elle ôte le bouquet d’oranger, cueille une rose dans le rosier,
et la met dans ses cheveux. Elle se mire.
Pauvre, ou ce mariage. Ah ! La ressource est dure.
Elle ôte la rose et la regarde pensive.
Une fleur, ça se fane.
Gallus, derrière elle et sans qu’elle le voie, sort à moitié du
massif qui entoure
la source, avance le bras, et lui pose un épi de diamants dans
les cheveux.
Gallus, à demi-voix.
Un diamant, ça dure !
Il rentre vivement dans le massif.
Lison, se retournant.
Hein ? On a parlé.
Elle regarde.
Non. Personne.
Elle se mire dans la source.
Ah ! Dieu, mon Dieu !