Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/212

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Gallus.

Ah ! Tu crois, baron de peu de sens,
que cette neige-là cache celle des ans !
Mais j’ai dix lustres !


Gunich.

Soit. Bel âge !


Gallus.

Tout s’envole.
Mais je ne serai pas un Géronte frivole.
C’est assez d’avoir cru trop longtemps au matin.
Hélas ! C’est triste. Avoir arrangé son destin,
son cœur, ses goûts, sa vie éclatante et sonore,
pour être à tout jamais la jeunesse, l’aurore,
l’aube, et voir sur son front monter la sombre nuit !


Gunich.

Ah ! Je conviens que l’âge à la jeunesse nuit.
être jeune est le ciel. Rester jeune…


Gallus.

Est l’abîme.
Un ridicule à moi ! J’aimerais mieux un crime.
Oh ! Qui que vous soyez, devant Lise ou Ninon,
tenez-vous bien, soyez moqueur et fort, sinon
vous verrez bientôt poindre une belle hargneuse.
Le méprisant peut seul braver la dédaigneuse.
Surtout, méfions-nous des scènes que nous font
ces belles, et des cris, et de leur art profond
de s’irriter, de fondre en pleurs, d’être hardies,
et ne nous laissons pas prendre à leurs comédies.
Plutôt livrer ma vie au tigre libyen
qu’à la femme ! --à propos, mon anneau, tu sais bien ?
Ma bague empoisonnée ?


Gunich.

Ah ! Cet anneau terrible
qui contient un poison.