Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/256

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Je regarde d’autres choses,
D’autres astres, d’autres roses,
L’autre figure du sort,
Et ce champ noir que recouvre
L’ombre, où vaguement s’entr’ouvre
La fleur blême de la mort.

Oh ! Pour qui donc fleurit-elle,
La pâle fleur immortelle ?
Triste, elle s’épanouit ;
Elle exhale, morne et sombre,
On ne sait quel parfum d’ombre
Dans l’inexprimable nuit.

Au fond des brumes fatales,
Sur ses sinistres pétales
Tremble une étrange lueur ;
La lugubre fleur regarde,
Vertigineuse et hagarde,
Comme une face en sueur.

À sa lumière où s’éclipse
La terrestre apocalypse,
J’entrevois la vérité ;
Car la vie est le mensonge,
La chair trompe, et l’œil qui songe
Voit mieux l’âme, l’homme ôté.

Guernesey, 31 mai 1857.