Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/331

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Le sommet est désert, noir, lugubre, inclément,
Bordé de toutes parts d’un sombre escarpement ;
L’horizon à l’entour n’est qu’une solitude ;
L’hiver est éternel sur ce faîte âpre et rude,
Et j’y trouve, ô Seigneur, des traces de pieds nus
Qui prouvent qu’avant moi d’autres y sont venus.
On y voit des carcans et des fers, comme au bagne.
J’étais en bas, les yeux fixés sur la montagne.
Deux êtres ont passé pendant que j’étais là ;
Et leurs regards brillaient, si bien qu’il me sembla
Que ces deux inconnus, rayonnant sous leurs voiles,
Pour en faire leurs yeux avaient pris des étoiles.
L’un avait l’air candide et l’autre l’air altier.
Ils marchaient tous les deux dans le même sentier ;
Et l’un murmurait : Crois, et l’autre disait : Pense.
Et sur le front de l’un on lisait : Conscience,
Et sur le front de l’autre on lisait : Vérité.
Moi, je les regardais, ému de leur beauté.
Alors ces deux passants sévères m’ont fait signe
De me lever ; c’était l’aigle à côté du cygne ;
Et je les ai suivis, et ce sont eux qui m’ont
Conduit et laissé seul sur le haut de ce mont.

4 août 1854.