Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/332

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Oui, la terre fatale, oui, le ciel nécessaire,
Tout laisse en moi sa trace, et rien pour ma misère
N’est hautain ni moqueur ;
Et quoique je ne sois qu’un vivant fait de cendre,
Quand le rayon me voit, il consent à descendre,
Et se mêle à mon cœur.

J’ai la confiance âpre et triste des apôtres,
Et c’est pourquoi je suis cet homme dont les autres
Parlent confusément,
Plein d’erreurs comme Adam, plein de fautes comme Ève,
Que l’enfer tire en bas, mais qu’un éternel rêve
Enchaîne au firmament.

L’impure forme humaine, ébauchée, incomplète,
La chair, n’empêche pas que le ciel se reflète
Dans l’abîme où je suis ;
Près de ce vil crapaud qui bave et qui se traîne,
La constellation vient resplendir sereine
Dans le fond de mon puits.

Par instants l’affreux monstre, en l’ombre qui le voile,
Passe et fait en passant tressaillir une étoile
Dans mon cloaque noir ;
Puis elle reparaît. Dieu que notre espoir nomme,
Sois béni de changer l’eau bourbeuse de l’homme
En céleste miroir !

Oui, tes vents m’ont parlé, toutes tes solitudes
M’ont jeté leurs rumeurs et leurs inquiétudes,
Azur, nuit, vision !
À tes souffles de brume ou de clarté je vibre,