Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/335

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Tout cela ne vaut pas qu’on fronce le sourcil.
Crois-tu pas que je vais pleurnicher mon exil ?

Tu me dis : « Vous voilà dans la froide Angleterre. »
Et moi je dis : ― Salut au vieux rivage austère !
À Londre où, quand Milton parle, Cromwell répond ! ―
Tu reprends : ― « Comment sont ces étrangers ? »

                                                              Ils sont
Les étrangers. Ils ont leurs soucis, leurs colères,
Leurs intérêts, leurs mœurs ; ce sont des exemplaires
Du vieil homme Adam, l’un sur l’autre copiés.
Dieu mit sur tous les fronts l’azur, mais sous ses pieds
L’homme a fait de la terre une chose diverse.
La fraternité meurt au fleuve qu’on traverse ;
On passe un bras de mer, on enjambe un chemin,
On saute un mur, on est sorti du genre humain ;
On devient l’étranger. Nous le sommes. La foule
Autour de nous va, vient, fait ses affaires, coule.
L’idée est peu comprise à son avènement ;
Elle monte un calvaire et marche lentement ;
Je ne vois pas pourquoi ces hommes seraient autres
Que ceux qu’a vus Socrate et qu’ont vus les apôtres.
Ô mes amis, proscrits qui m’entourez, restons
Comme les Thraséas et comme les Catons,
Sereins, et sachons prendre en patience l’homme.
Ceux-ci d’ailleurs n’ont rien que de tout simple, en somme.
Nous sommes les passants, ils sont les habitants.
Aristide jusqu’à nos jours, dans tous les temps,
Le proscrit pour la foule est une énigme obscure.
On ne nous crache pas encore à la figure ;
Donc ne nous plaignons point.

Tu me dis : ― « Dans ces lieux
Où nous te cherchons, toi, le songeur oublieux,