Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/334

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Est-ce que, ce mois-ci, des miens et des meilleurs,
Quelqu’un est mort, pendant que je regarde ailleurs ?
Est-ce que par hasard, sur la colline verte,
Quelque tombe de mère ou d’enfant s’est ouverte ?
Ami, pourquoi me plaindre aujourd’hui plus qu’hier ?
Ai-je, sans le savoir, perdu quelqu’un de cher ?

Jadis j’eus des douleurs et je les ai pleurées ;
Les larmes du tombeau sont des larmes sacrées ;
Sur de profonds cercueils pleins de ciel étoilé,
Tous les pleurs que j’avais dans les yeux ont coulé.
Ce fut sombre.

Aujourd’hui, qu’est-ce donc qui m’arrive
Que ta pitié s’accroît ? Je suis sur cette rive ;
Après ? Et d’où te vient ce langage abattu ?
Tu m’écris : « Ô banni, comment les portes-tu,
Ces heures de l’exil qui doivent être lourdes ? »

Tout est bien. Je n’ai rien à dire aux âmes sourdes.
D’ailleurs porté-je donc un si pesant fardeau ?
Le vent souffle sur l’homme et sur la goutte d’eau.
Laissons souffler le vent. Qu’importe ce que souffre
Mon atome, au hasard emporté dans le gouffre ?
D’autres ont plus souffert qui valaient mieux que moi.
Tout est bien.

                            Vivre errant, rejeté, hors la loi,
L’ombre, l’isolement, l’ennui qu’on exagère,
Cette glace qu’on sent à la terre étrangère,