Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/363

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À travers Jérémie et Lucrèce, à travers
Ce tumulte orageux de strophes et de vers
Qui se mêle au ciel sombre et sort, fumée ardente,
De tous ces volcans, Job, Moïse, Eschyle, Dante.

Ces inspirés, en qui la nuit s’unit au jour,
Avaient ce grand courroux qui naît d’un grand amour ;
Une fournaise était en leur cœur amassée.
Oui, les poètes saints vont chercher la pensée
Aux mêmes profondeurs que les volcans le feu ;
Juvénal, noir, rongé par la muse, est un lieu
Autant qu’un homme, un mont de haine, et s’accoutume
À la colère ainsi que Vésuve au bitume.
Le génie est un puits d’éruptions ; un cri
Sort d’un cratère, ou bien d’un poète attendri ;
La lave chante et bout, l’hymne s’embrase et souffre ;
L’ardent prophète jette une clameur de gouffre,
Et Dieu, que nul ne vit et que tout devina,
Gronde dans Isaïe autant que dans l’Etna.

1er juin 1870