Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/362

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Sondons de toutes parts à la fois le mystère.
Notre race, depuis qu’elle est sur cette terre,
Travaille, et ne sait rien que ce que l’homme apprit
Dans ces dispersions superbes de l’esprit.

Oh ! C’est une raison de contempler sans cesse,
Que ce ciel sans orgueil, ce gouffre sans bassesse,
Cette guerre d’où naît la paix, ces grands reflux
Des éléments s’offrant entre eux leurs superflus
Et mêlant par les bords leurs océans farouches.
Oh ! L’unanimité sort de toutes les bouches !
Que c’est beau, cet accord des contraires, disant
Le même mot sublime, effrayant, innocent !

Sombre unité ! La loi des choses est la nôtre.
Une saison ne sert qu’à faire venir l’autre ;
Hier en reculant fait avancer Demain ;
Profonde identité. Sort ! Nuit !

                                               L’esprit humain
Contient le même songe obscur que la nature ;
Il a sur l’infini comme elle une ouverture,
Mais l’obstacle est dans l’ombre, et nous y distinguons
Une porte que nul n’ébranle sur ses gonds,
C’est l’inconnu. L’esprit de l’homme, en qui tout vibre,
Va heurter cette porte avec une aile libre ;
Nous la sentons, au fond de l’abîme serein,
Faite d’on ne sait quel mystérieux airain ;
Quelqu’un parle tout haut derrière cette porte ;
De ce que cette voix dit, et des mots qu’emporte
Le vent semblable au rêve, et que nous saisissons,
Naissent tous nos espoirs comme tous nos frissons.
Et ce sont ces mots-là qui viennent jusqu’à l’homme
À travers les songeurs de Judée et de Rome,