Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/375

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Le cavalier de bronze était debout dans l’ombre.

Autour de lui dormait la ville aux toits sans nombre ;
Les hauts clochers semblaient, sur les bruns horizons,
De grands pasteurs gardant des troupeaux de maisons ;
Notre-Dame élevait ses deux tours, dont chacune,
Lugubre, s’effrayait, dans cette nuit sans lune,
D’entrevoir vaguement sa gigantesque sœur ;
Le zénith se voilait d’une telle épaisseur
Que les lueurs du gouffre avaient disparu toutes ;
Râlant seul par moments sous les nocturnes voûtes,
Le vent semblait donner passage au désespoir ;
Les nuages étaient les plis d’un rideau noir ;
On eût dit que le jour ne devait plus renaître,
Ni le matin rouvrir sa sereine fenêtre,
Et que, charbon terrible, âtre à jamais détruit,
Dans cette immensité sur laquelle la nuit,
Monstrueuse, s’était pour toujours refermée,
Tout le soleil éteint s’en allait en fumée,
Tant sur la terre morne et dans le firmament
L’obscurité versait d’évanouissement !

Le ciel, pour on ne sait quels spectateurs funèbres,
Ouvrait jusqu’au fond l’antre immense des ténèbres.
Calme, l’épée au flanc, et portant sur le dos