Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/376

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Le harnais des anciens chevaliers féodaux,
Il était là debout en habit de bataille.
Héros par le sourire et géant par la taille,
Tenant la bride noire en son noir gantelet,
Colosse et roi, tranquille, immuable, il semblait
Pétrifier la nuit par son éternel geste ;
Et, se confondant presque avec l’ombre funeste,
Mêlait son airain sombre à la noirceur des cieux.

La statue, au regard fixe et mystérieux,
Vision du sommet et spectre de la cime,
À l’immobilité sinistre de l’abîme,
Car, étant du sépulcre, elle est de l’infini.
Ce livide cheval qui n’a jamais henni,
Ce guerrier qui, muet, semble le personnage
Du suprême silence et du grand témoignage,
Ce socle dominant les hommes, élevant
Sa paix sombre parmi leur orage vivant,
Et sortant de la tombe avec un air de gloire,
Ce colosse qui prend de force la mémoire,
Qui semble encor le roi, le tyran, le bourreau,
Et qui ne pourrait pas chasser un passereau,
Toute cette figure est un monstre du rêve ;
Même quand le soleil la précise et l’achève
Et vient la regarder en face, même au jour,
Même quand les passants fourmillent à l’entour,
D’une crainte secrète elle reste vêtue,
Elle est funèbre encor ; mais le soir, la statue,
Roi pensif, dur soldat ou lugubre empereur,
Reprend toute sa nuit et toute sa terreur.

Donc il apparaissait dans l’ombre grandiose.

Tout ce que le néant contient d’apothéose,
Tout ce qu’un front royal peut garder de serein
Dans la captivité tragique de l’airain,
L’horreur du monument, tout ce qu’une prunelle