Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/382

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Médicis, Brunehaut, Frédégonde, Isabeau ;
Les piloris râlant à côté des trophées.

Par moments, comme un vent qui s’éteint par bouffées,
Ou comme un océan apaisant ses reflux,
La rumeur se taisait, et l’on n’entendait plus
Que le pas mesuré du passant formidable.

L’horreur blême tombait du ciel inabordable
Où les nuages noirs se font et se défont ;
Des flots d’ombre roulaient dans l’infini profond.

L’homme d’airain tourna par la place Dauphine,
Puis il suivit la berge étroite qui confine,
Au sud, au vieux logis des chevaliers du guet,
Au nord, à la grand’chambre à qui Nesmond léguait
Sa robe et son portrait peint par le Primatice ;
Il côtoya les tours du palais de Justice
D’où tombe sur le peuple un aveugle anankè,
Passa le pont au Change, et, côtoyant le quai,
Gagna l’hôtel de ville et la place de Grève ;
Il traversa l’arcade où maintenant s’élève
Tout un palais nouveau dressant ses lourds chevets,
Laissa derrière lui le portail Saint-Gervais,
Prit à gauche, et, perçant un dédale de rues,
Cavernes du vieil âge aujourd’hui disparues,
Où les maisons avaient des faces de bandits,
Lent et grave, il entra, par le porche où jadis
Une reine voilée attendait Bassompierre,
Dans une grande place aux arcades de pierre.

Au centre de la place, un feuillage tremblant
Laissait à demi voir un grand fantôme blanc ;