Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/404

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Tous les dogues du meurtre ouvrant leurs noirs naseaux,
Rivières rejetant les noyés sur leurs plages,
Cavalerie affreuse écrasant les villages,
Feu, ravage, viol, le carnage, le sang,
La fange, et Bossuet, sinistre, applaudissant !
Ô roi pieux béni de l’église qu’il sauve !
Tout un peuple traqué comme une bête fauve !
Oui, ce fut comme un vol de sanglants éperviers ;
Montrevel sur Tournon, Lamoignon sur Viviers ;
Oui, ce fut monstrueux, oui, ce fut lamentable ;
On tuait dans la rue, on tuait dans l’étable ;
On jetait dans le puits l’enfant criant Jésus,
La mère, et l’on mettait une pierre dessus ;
On sabrait du pasteur la vieille tête chauve ;
Les crosses des mousquets écrasaient dans l’alcôve
La nourrice au berceau, l’aïeule à son rouet ;
Siècle affreux ! Les dragons chassaient à coups de fouet
Devant eux des troupeaux de femmes toutes nues ;
La débauche inventait des rages inconnues ;
L’orgie imaginait des supplices ; le vin
Inspirait Sabaoth dans son courroux divin ;
Cent monstres bondissaient de contrée en contrée ;
La cartouche éclatait dans la vierge éventrée ;
L’orthodoxie était comme un tigre qui rit,
Tartuffe encourageait de Sade au nom du Christ !
Fanatisme hideux, implacables doctrines,
Faisant de tout un peuple un monceau de ruines,
Affreux, le sabre aux dents, le crucifix au poing !
Tu ne crois pas en Dieu, Louvois ! Tu n’y crois point,
Letellier ! Ah ! Vieillards, mères, enfants, victimes !
Ce sont les ennemis de Dieu qui font ces crimes ;
Le servir de la sorte, avec du sang aux mains,
C’est vouloir l’étouffer dans le cœur des humains ;
Ces religions-là, ce sont les pelletées
De terre que sur Dieu jettent les noirs athées !

Et c’est pourquoi ce roi rayonne ; il est flagrant