Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/409

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Ruisseler de dessous le royal corbillard
On ne sait quelle pluie éclaboussant la roue
Qui suintait du char sombre et qui tachait la boue ;
C’était ce roi, ce maître et cet homme d’orgueil
Qui tombait goutte à goutte à travers son cercueil.
Despotes, vous vivez, vous dévorez le monde,
Vous avez Pompadour, Diane ou Rosemonde,
Vous riez, vous régnez ; les fronts se courbent tous ;
La honte des pays frémit derrière vous ;
Vous faites une tache immonde sur l’histoire ;
Vous mourez : ô la chère et l’illustre mémoire !
Et l’oraison funèbre appelée au palais,
Pleurante, met sa mitre et ses bas violets,
Et, vous mêlant à Dieu, célèbre vos obsèques,
Vos gloires ne font pas reculer les évêques,
Mais vos cadavres font reculer l’embaumeur. ―

Les masques bruissaient comme une onde en rumeur ;
On eût cru, dans un fond insondable et sublime,
Entendre chuchoter les vagues d’un abîme ;
Et l’un d’eux qui suivait les rois d’un œil ardent
S’écria :

                     ― Nord et sud ! Orient ! Occident !
Où le soleil se lève, où le soleil se couche,
Partout ! Ils sont partout !… Oh ! Le grand vent farouche,
Le vent d’en haut, quand donc se déchaînera-t-il ?
Le vent de deuil, le vent d’horreur, le vent d’exil
Qui roulera les rois dans ses larges bouffées,
Fera rugir d’effroi le lion des trophées,
Trembler le piédestal sous son orageux flot,
Et prendre à la statue équestre le galop ?