Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/68

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La hache ? Non. Jamais. Je n’en veux pour personne.
Pas même pour ce czar devant qui je frissonne,
Pas même pour ce monstre à lui-même fatal.
Qui supprime Tyburn abolit White-Hall ;
Et quand la mort, ouvrant son désastreux registre,
Me dit : — Que jettes-tu dans ce panier sinistre ?
Ou la tête du peuple, ou la tête du roi ? -
Je dis : — Ni celle-ci, ni celle-là. — Ma loi,
C’est la vie ; et ma joie, ô Dieu, c’est l’aube pure.
Je ne suis pas de ceux qui font la pourriture ;
Je ne suis pas de ceux qui donnent à manger
Au sépulcre, où l’on voit ramper et s’allonger
L’affreux sarcopte éclos du miasme délétère ;
Je ne suis pas de ceux vers qui les vers de terre,
Béants, tournent leur tête aveugle dans la nuit.

Tout supplice est un fait contre la loi, traduit,
Pour l’éducation des foules indécises,
Devant l’esprit humain, suprême cour d’assises,
Saint prétoire, infaillible et grave tribunal
Où Beccaria juge aidé de Juvénal.
Le penseur n’absout point les grands forfaits lyriques
Que l’histoire engloutit sous ses panégyriques ;
Il excuse parfois, il n’approuve jamais.
Il veut de l’aube, et non du sang, sur les sommets.
Peuple ou roi, quel que soit le tueur, il le blâme.
Pour lui l’assassinat, même illustre, est infâme ;
Tout temple est sombre avec une morgue au milieu.
Quand le sang coule, il dit : malheur ! Admirant peu
Le resplendissement magnifique du glaive ;
Il n’a pas, quand le cri des victimes s’élève,
Pour éblouissement la grandeur du bourreau ;
Pour lui, Saint-Just poussant Danton au tombereau,