Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/76

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Le germe a droit d’éclore ; et qui ne pense pas
Ne vit pas. Ces voleurs avaient le droit de vivre.
Songeons-y bien, l’école en or change le cuivre,
Tandis que l’ignorance en plomb transforme l’or.

Je dis que ces voleurs possédaient un trésor,
Leur pensée immortelle, auguste et nécessaire ;
Je dis qu’ils ont le droit, du fond de leur misère,
De se tourner vers vous, à qui le jour sourit,
Et de vous demander compte de leur esprit ;
Je dis qu’ils étaient l’homme et qu’on en fit la brute ;
Je dis que je nous blâme et que je plains leur chute ;
Je dis que ce sont eux qui sont les dépouillés ;
Je dis que les forfaits dont ils se sont souillés
Ont pour point de départ ce qui n’est pas leur faute ;
Pouvaient-ils s’éclairer du flambeau qu’on leur ôte ?
Ils sont les malheureux et non les ennemis.
Le premier crime fut sur eux-mêmes commis ;
On a de la pensée éteint en eux la flamme ;
Et la société leur a volé leur âme.

27 février. --Jersey.

II

 

Ô vieux bagne éternel ! Énigme ! Abîme obscur !
Que d’ombres ont passé sur ce funèbre mur !
Ici le mal, la nuit, l’ignorance servile ;
À l’autre extrémité de cette corde vile
Le génie et la foi, l’amour, la vérité,
L’inventeur, le penseur de Dieu même agité,
Le prophète écartant l’erreur impie et fausse,
Saint Jean dans son caveau, Daniel dans la fosse,
Galilée au cachot, Colomb au cabanon ;
Et, remontant au jour de chaînon en chaînon,
Cette chaîne de deuil, sur la terre jetée,
Qui commence à Poulmann, finit à Prométhée.