Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/106

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IX ÉGLOGUE==


Un journal! Donnez-moi du papier, que j'écrive
Une lettre, et voyez si le facteur arrive.
Il semblé que la poste aujourd'hui tarde un ,peu.
Vent, brouillard, pluie. On est en juin; faites du feu.
Comme ces champs ont l'air bougon et réfractaire! -
Un gros nuage noir est tout près de la terre;
Le jour a le front bas, et les cieux sont étroits;
Et l'on voit dans la rue, en file, trois par trois,
Serrés dans leurs boutons et droits dans leurs agrafes,
Passer des titotlers grisés par des carafes;
Ils sont jeunes, plusieurs ont vingt ans; et pendant
Que, regardant la vie avec un oeil. pédant,
Ils laissent se transir Betsy, Goton et Lise,
L'eau qu'ils boivent leur sort du nez en chants d'église.
Jadis c'était le temps du beau printemps divin;
Silène était dans Vautré et ronflait plein de vin;
Mai frissonnait d'aurore, et des flûtes magiques
Se répondaient dans l'ombre au fond des géorgiques;
L'eau courait, l'air jouait; de son râle étranglé
La couleuvre amoureuse épouvantait Eglé;
Les paons dans la lumière ouvraient leurs larges queues;
Et, lueurs dans l'azur, les neuf déesses bleues