Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/223

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XXXIX DANS LE CIMETIÈRE DE ...


Je priais, recueilli dans ma pensée. intime.
Le cimetière est doux au deuil silencieux
A cette heure où le soir ineffable et sublime
Vient à la paix des morts mêler la paix des cieux.

J’entendis qu’on marchait, je levai les paupières ;
Le vent remuait l’herbe autour des crucifix,
Et je vis à pas lents venir parmi les pierres
Un aïeul par la main menant son petit-fils.

Ému, j’interrompis mes funèbres extases,
Pour les suivre des yeux et tout bas les bénir.
Un vieillard ! un enfant ! ô mystérieux vases !
L’un rempli du passé, l’autre de. l’avenir !

Cette petite main dans cette main débile
Me rappelait des jours enfuis, des jours meilleurs !
Le vieillard, par moments s’arrêtant immobile,
Regardait les tombeaux ; l’enfant cherchait des fleurs.

Le vieillard regardait les sépulcres dans l’ombre,
Comme si, morne et blême et baigné de sueur,
A force d’y fixer son oeil profond et sombre,
Il en faisait sortir quelque étrange lueur !

15 août 1846.

XL Un jour que je songeais,