Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/339

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UN POËTE ==


Ô rêveur, ne va pas sur les cimes, j'en viens;
C'est terrible. Les sourds autans diluviens
Sont là qui passent et repassent;

Là, flotte et disparaît tout ce que nous songions;
Là, dans ces grands tombeaux nommés Religions,
Des corbeaux inconnus croassent.
Crains les hauts lieux hantés par les spectres; les jeux
De l'abîme ne sont jamais plus orageux
Que sur les sommets formidables;
Là, le réel avec l'ignoré se confond,
Et les échelons noirs des visions sans fond
Sont lugubrement abordables.

Là, rayonne un soleil que la brume élargit;
Là, sont les fauves dieux, Néméos qui rugit,
Python qui siffle, Apis qui beugle
Sombre éblouissement dont ces. grands ingénus,
Les sages, sortent fous, et d'où sont revenus
Tasse insensé, Milton aveugle.

Ne va pas dans les bois sacrés, ni sur les monts
Où Pythagore a vu la face des démons,
Où sont toutes ces formes blanches
Dont les mages profonds ne savent que penser,
Et qu'ils guettent, n'osant rien de plus que passer
Leurs têtes à travers les branches.