Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/59

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Danton parle; il est plein de la rumeur d'un monde;
C'est une idée et c'est un homme; il resplendit;
Il ébranle les coeurs et les murs; ce qu'il dit
Est semblable au passage orageux d'un quadrige;
Un torrent de parole énorme qu'il dirige,
Un verbe surhumain, superbe, engloutissant,
S'écroule de sa bouche en tempête, et descend
Et coule et se répand sur la foule profonde;
Il bâtit? non, il brise; il détruit? non, il fonde.
Pendant qu'il jette au vent de l'avenir ses cris,
Mêlés à la clameur de vieux trônes proscrits,
Le peuple voit passer une roue inouïe
De tonnerre et d'éclairs dont l'ombre est éblouie;
Il parle; il est l'élu, l'archange, l'envoyé!
Et l'interrompra-t-on? qui l'ose est foudroyé.
Qui pourrait lui barrer la route? qui? personne.
Tout ploie en l'écoutant, tout s'émeut, tout frissonne,
Tant ces discours, tombés d'en haut, sont accablants,
Tant l'âme est forte, et tant, pour les hommes tremblants,
Ces roulements du char de l'esprit sont terribles!

Auprès des flamboyants se dressent les horribles:
Justiciers, punisseurs, vengeurs, démons du bien.
-Grâce.! encore un moment! grâce! -Ils répondent: Rien.
Entendez-vous Marat qui hurle dans sa cave?
Sa morsure aux tyrans s'en va baiser l'esclave.
Il souffle la fureur;,:les griefs acharnés,
La vengeance, la mort, la vie, aux déchaînés
A plat ventre, grinçant des dents, livide, oblique,
Il travaille à l'immense évasion publique;
Il perce l'épais mur du bagne, et, dans son trou,
Du grand cachot de l'ombre il tire le verrou;
Il saisit l'ancien monde; il met à nu sa plaie;
Il le traîne de rue en rue, il est la claie;
Il est en même temps la huée; il écrit;
Le vent d'orage emporte et -sème son esprit,