Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/65

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Fait lécher par-un bouc son père enduit de miel;
Soliman met Tauris en feu pour se distraire;
Alonze, furieux qu'on allaite son frère,
Coupe le bout des seins d'Urraque avec-ses dents;
Vlad regarde mourir ses neveux prétendants
Et rit de voir le pal leur sortir par la bouche;
Borgia communie; Abbas, maçon farouche,
Fait avec de la brique et des hommes vivants
D' épouvantables tours qui hurlent dans les vents;
Là, le sceptre vandale, ici la loi burgonde;
Cléopâtre renaît pire dans Frédégonde;
Ivan est sur Moscou, Carlos est sur Madrid;
Sous cet autre, Louis dit le Grand, on ouvrit
Les mères pour tuer leurs enfants dans leurs ventres.
Mais où sont donc les loups! Oh! les antres! les antres!
La jungle où les boas glissent, fangeux et froids!
Est-ce du sang qui coule aux veines de ces rois?
Ont-ils des coeurs aussi? Sont-ils ce que nous sommes?
Cieux profonds! Oh! plutôt que l'aspect de ces hommes,
La rencontre du tigre, et, plutôt que leur voix,
Le sourd rugissement des lions dans les bois!
Eh bien, vengeance donc! mort! malheur! représailles!
La torche aux Rhamséions, aux Kremlins, aux Versailles!
Qu'Ossa soit à son tour broyé par Pélion!
Au bourreau les bourreaux! Justice! talion!

Non! Jamais d'échafauds! C'est par d'autres répliques
Que doivent s'affirmer les saintes républiques.
Ce siècle, le plus grand des siècles, l'a compris.
Le jour où Février se leva sur Paris,
Il fit deux parts de l'oeuvre immense de nos pères,
Et, grave, agenouillé devant les grands mystères,