Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/120

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Il faut rentrer au labyrinthe
Des pas, des carrefours, des moeurs,
Où l'on sent une sombre crainte
Dans l'immensité des rumeurs.

Je regarderai ma voisine
Puisque je n'ai plus d'autre fleur !
Sa vitre vague où se dessine
Son profil, divin de pâleur,

Son réchaud où s'enfle la crème,
Sa voix qui dit encor maman,
Gare ! c'est le seuil d'un poème,
C'est presque le bord d'un roman.

Ma voisine est une ouvrière,
Au front de neige, aux dents d'émail,
Qu'on voit tous les soirs en prière
Et tous les matins au travail.

Cet ange ignore que j'existe,
Et, laissant errer son oeil noir,
Sans le savoir me rend très triste
Et très joyeux sans le vouloir.

Elle est propre, douce, fidèle,
Et tient de Dieu, qui la bénit,
Des simplicités d'hirondelle
Qui ne sait que bâtir son nid.

4 novembre.