Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/124

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perse
La brume -et la nuée en flottants archipels,
Il me plaît de répondre à ces profonds appels,
Il me plaît de rôder dans les molles prairies,
Entraînant avec moi l'essaim des rêveries
Et la strophe qui vole au-dessus de mon front;
Tant que sous le ciel bleu les âmes aimeront,
Tant qu'avril, ce brodeur, avec l'herbe et les roses
Et les feuilles, créera toutes sortes de choses
Charmantes, et que Dieu, des monts, des airs, des eaux,
Fera de grands palais pour les petits oiseaux,
Tant que l'aube éclora dans cette ombre où nous sommes,
Les songes tourneront sur la tête des hommes,
Et les penseurs seront attendris dans les bois.
Les frais halliers sont pleins de pudeurs aux abois,
Femmes, oiseaux, tout cède et les baisers se mêlent,
Les adorations vaguement se querellent,
L'eau soupire, le lys s'ouvre, le firmament
Rayonne, et, si tu veux, je serai ton amant.

4 mai. 1835

PROMENADE

Je t'adore. Soyons deux heureux. Viens t'asseoir
Dans une ombre qui soit un peu semblable au soir.
Marchons bien doucement. Sois pensive. Sois lasse.
Profitons du moment où personne ne passe;
Entrons dans le hallier, cachés par les blés mûrs.

Que ne puis-je élever brusquement quatre murs
Ici, dans ce coin chaste, et d'un coup de baguette!
La nature est un oeil invisible qui guette;
Glissons-nous; le silence entend; défions-nous
Du bruit que fait-une âme embrassant deux genoux,
Car, moi, je ne suis pas autre chose qu'une âme;
Mais une âme peut prendre en sa serre