Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/125

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une femme,
Et l'emporter, et. faire un bruit mystérieux
Delionne-sur terre ou d'aigle dans les cieux.

Tu grondes. -Un baiser! -Jamais! -Je le dérobe.
Tu dis c'est mal! -Et j'ôte une épingle à ta robe;
L'amour aime les yeux fâchés de la pudeur,
Et rien n'est plus charmant qu'un paradis boudeur.
C'est vrai, belle, depuis que, les blanches épaules
Dé Galatée ont pris la fuite sous les saules,
Et que Marot a vu, sans être trop puni,
Un doux sourire faire éclore un doux nenni,
Une gloire ineffable est à l'amour mêlée.
La femme est. de son trop de puissance accablée;
Vaincue, elle se sait maîtresse; elle nous plaît;
Comme c'est ravissant d'avoir ce qu'on voulait,
Et de sentir beaucoup de reproches se taire!
Comme une rougeur vague après l'heureux mystère
Enivre, et comme on sent le prix d'une faveur
Que veut presque, reprendre un silence rêveur!
Reprendré? Non; pourquoi? Donner encor?'Peut-être.

Cachons-nous. Une branche a remué. C'est traître.
On devinait qu'Eschyle avait, un rendez-vous
Avec Mégaryllis, la farouche aux yeux doux,
Et qu'elle se laissait dire de tendres choses,
Quand les feuilles tremblaient au bois des lauriers-roses.

12 juillet 1874-1840

MAI

Je ne laisserai pas se faner les pervenches
Sans aller écouter ce qu'on dit sous les branches,

Et sans guetter, parmi les rameaux infinis,
La conversation des feuilles et des nids;
Il n'est qu'un dieu, l'amour; avril est son prophète;
Je me supposerai convive de la