Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/187

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Nous étions, elle et moi, dans cet avril charmant
De l'amour qui commence ,en éblouissement.
O souvenirs! ô temps'! heures évanouies!
Nous allions, le. coeur plein d'extases inouïes,
Ensemble dans les bois, et la main dans la main.
Pour prendre le sentier nous quittions le chemin,
Nous quittions le sentier pour. marcher, dans les herbes.
Le ciel resplendissait dans ses regards superbes;
 
Elle disait: Je t'aime et je me sentais dieu.
Parfois, près d'une source, on s'asseyait un peu.
Que de fois j'ai montré sa gorge aux branches d'arbre!
Rougissante et pareille aux naïades de marbre,
Tu baignais tes pieds nus et blancs comme le lait.
Puis nous nous en allions rêveurs. Il me semblait,
En regardant autour de nous les pâquerettes,
Les boutons d'or joyeux, les pervenches secrètes,
Et les frais liserons d'une eau pure arrosés,
Que ces petites fleurs étaient tous les baisers
Tombés dans le trajet de ma bouche à ta bouche
Pendant que nous marchions; et la grotte farouche,
Et la ronce sauvage et le roc chauve et noir,
Envieux, murmuraient: Que va dirè ce soir
Diane aux chastes yeux, la déesse étoilée,
En voyant toute l'herbe au fond du bois foulée?

3 avril. Jersey.