Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/186

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LVII AU BAL


Elle se rapprochait, car il parlait tout bas.
Il lui disait: On a, dans ces bruyants ébats,
Une liberté plus entière.
C'est la foule, on est seul en ces salons dorés.
Le bal joyeux nous cache aux regards effarés
Dans un tourbillon de lumière.
Les quadrilles ardents, follement entraînés,
Bondissent. Nous rêvons, l'un sur l'autre inclinés,
Un rêve peut-être impossible.
Sans voir ces fleurs, sans voir ces fronts épanouis,
Nous passons dans ce bal rayonnant, éblouis
Par une autre fête invisible.
Ils sont aux voluptés, nous sommes à l'amour.
Nos coeurs émus sont pleins d'un mystérieux jour;
Un feu passager les embrase.
Ce que nous contemplons, ils ne peuvent le voir.
Notre âme est un obscur et céleste miroir.
Ils ont l'ivresse, et nous l'extase.
Tandis que dans leurs. yeux le plaisir brûle et luit,
Nous voudrions, troublés par la joie et le bruit,
Nous enfuir sous de chastes voiles.
La foule rit. notre âme est plus ravie encor.
Pour eux, à ces plafonds; brillent les lustres d'or,
Et pour nous, plus haut, les étoiles!

2 mars.

LVIII Nous étions, elle et moi,