Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/29

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Le couchant flamboyait à travers les bruines
Comme le fronton d'or d'un vieux temple en ruines.
-L'arbre avait un frisson.
La mer au loin semblait, en ondes recourbée,
Une colonne torse en marbre vert, tombée
Sur l'énorme horizon.

La vague, roue errante, et l'écume, çavale,
S'enfuyaient; je voyais luire par intervalle
Les cieux pleins de regards;
Les flots allaient, venaient, couraient; sans fin,-sans nombre,
Et j'écoutais, penché sur ce cirque de l'ombre,
Le bruit de tous ces chars.

Lugubre immensité! profondeurs redoutées!
Tous sont là, les Satans comme les Prométhéen.
Ténébreux océans!
Cièux, vous êtes l'abîme où tombent les génies.
Oh! combien l'oeil, au fond des brumes infinies,
Aperçoit de géants!

Ô vie, énigme, sphinx, nuit, sois la bienvenue!
Car je me sens d'accord avec l'Ame inconnue.
Je souffre, mais je crois.
J'habite l'absolu, patrie obscure et sombre,
Pas plus intimidé dans tous ces gouffres d'ombre
Que l'oiseau dans les bois.