Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/318

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



Qu'il faut tout extirper pour que rien ne menace,
Le meurtre a beau jurer ses grands dieux, saint-Ignace,
Fouquier-Tinville, Hébert, de Maistre, Jacques-deux,
C'est en vain qu'il ébauche un sourire hideux,
Il est le crime, issu du peuple et de la Bible,
Et, même pour le bon motif, il est horrible;
Qu'il se nomme Albe, Omar, Cromwell, Bellart, Marat,
Il est-toujours stupide et toujours scélérat.
Quel que soit le parti qui dans l'horreur se vautre,
Malheur au meurtre autant d'un côté Mie de l'autre!
Je trouve Atrée affreux, même tuant Caïn.
Qui que tu sois qui fus bourreau, cache ta main.
.Sache que tu ne peux à, ceci -te soustraire
Qu'un crime n'est jamais commis que sur un; frère,
Et que tôute victime-est soeur du meurtrier.
On distingue entre erreur et forfait, mais trier
 
Parmi les massacreurs, voir la neige ou le sable
Teints de sang, et plaider pour le tigre excusable,
Jamais. Nous n'aurons point pour le meurtre hébété
Ce pardon qui ressemble à la complicité.

Ah! que de Niobés, d'Hécubes et d'Électres!
Hélas! j'entends parler à voix basse les spectres,
Et jusqu'à mon oreille un sourd chuchotement
Des morts, à travers l'ombre, arrive vaguement.
Moi qui ne suis qu'un homme ayant pour loi de plaindre,
De lutter, de ne rien tuer, de ne rien craindre,
Qui vainqueur "m'agenouille et vaincu suis debout,
Ma résolution est d'aller jusqu'au bout.
Je sens en moi la force énorme, l'innocence.
N'avoir pour aucun crime aucune complaisance,
C'est ma loi. Je dis donc à tous la vérité.
A toi Rigault, à toi Galliffet. Probité,
Sincérité, devoir, c'est là toute-mon âme.
Les tueurs rouges ont au front le signe infame,
Mais je hais, comme étant aux rouges ressemblants,
Les fratricides noirs et les assassins blancs.