Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/320

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VII Oui, l'on a sauvé l'ordre et l'état



Oui, l'on a sauvé l'ordre et l'état, et je crois
Que c'est pour la cinquième ou'la sixième fois;
Le steamer pourvoyeur du bagne est dans nos havres;
On a pendant huit jours enjambé des cadavres,
Des fosses, des mourants; on s'est habitué;
On a très vite fait justice; on a tué
Hommes, femmes, enfants, tout un peu pêle-mêle;
Maintenant sont forçats, mangeant à la-gamelle
Et vêtus des habits de la chiourme, plusieurs
Qui de "la tyrannie étaient les fossoyeurs,
Et dont nous avions vu, du Volga jusqu'à l'Ebre
Et du Tage au Niémen, voler le nom célèbre;
Victoire! On n'a point fait les choses à demi.
Pour sauver la patrie et devant l'ennemi
Paris avait cinq mois eu la rumeur immense
Des forêts que le vent semble mettre en déence;
Il ressemblait au sombre ouragan libyen;
Il a fallu le faire un peu taire; c'est bien.
Nous voilà soulagés; car c'est une souffrance
Qu'une ville acharnée. à délivrer la France;
L'Allemagne nous dit à demi-voix: Merci.
Les cafés sont rouverts, les églises aussi;
La paix sanglante sort de la guerre civile.
Nous avons de plus l'ordre et de moins cette ville.
Des gens auraient aimé peut-être moins de morts;
Mais qu'un cheval ait trop d'écume sur le mors
Quand il a bien couru, n'est-ce pas ordinaire?
La bombe n'y voit pas plus clair que le tonnerre;