Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/321

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Les faux coups sont permis, en de si durs combats
Au Jupiter d'en haut comme aux Jupins d'en bas.
Bref, nous sommes sauvés. De tous les coeurs s'élance
Ce cri d'enthousiasme et de bonheur: Silence.!
Que personne ne pense et qu'on ne parle plus!
Il est temps que la. mer montante ait son reflux,
Et que l'utile vent du tombeau décourage
Toutes ces libertés qui font un bruit d'orage.
Ce siècle a trop d'éclairs, de foudre et. de rayons;
Il est bon, et c'est là ce qu'enfin nouS voyons,
Qu'un poing sauveur, sorti des ténèbres, l'étreigne;
La société veut, la religion règne;
C'est dans le droit divin, c'est dans le syllabus
Qu'est le salut, le peuple étant presque un abus.
De là ce grand succès: l'ombre dans la fournaise;
Quatrevingt-neuf puni de son quatrevingt-treize;
Plus de licence, plus de tumulte, plus rien.
De la butte Montmartre au mont Valérien,
Ce Paris,. bouillonnant comme le flot dans l'urne,
Se tait, et nous avons l'apaisement nocturne;
Le peuple est sous le sabre, heureux, content, muet;
On recommencerait si quelqu'un remuait.
Ces, choses, j',en conviens, ont de quoi satisfaire;
Chacun, en attendant le maître qu'il préfère,
Voit la police faite, et c'est toujours cela;
Et, certe, on n'a pas trop payé cette paix-là
Au prix d'un peu de sang qui sous nos pieds rougeoie;
Pourtant je n'en suis pas devenu. fou de joie.

6 juin.
 

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