Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/323

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Que deux petits enfants gardés par un grand-père,
S'il s'agit d'un français quelconque, d'un quidam,
Monsieur Anspach devient bourgmestre de Saardam,
Pas un sergent ne vient, pas un exempt ne bouge;
Çà, croit-on que Kerwin va se fâcher tout rouge
Contre son fils qui fait dans l'ombre un tour charmant?
La policé se change en Belle au bois dormant.
Comme au fond la justice est une simagrée,
Étant admis l'État à qui la chose agrée
Et qui transforme en cippe, en terme, en borne, en pion,
Ce dogue, le gendarme, et ce lynx, l'espion,
Tout se passe le mieux du monde; on laisse faire.
Anspach boit ce vacarme ainsi qu'un somnifère.
Dérange-t-on les géns pour ces misères-là?
Un assaut! tout au plus un meurtre! qu'est cela?
Après tout, c'est bien fait. Amuse-toi, jeunesse.
Dormez, monsieur Berden, ronflez, monsieur Cornesse.
Nous sommes par des lois complaisantes régis.
Crocheter une porte, assiéger un logis!
Bravo'! ces Franquillons ne sont que des bélîtres.
Va-t-on pas ennuyer de gais-casseurs-de vitres
Pour une pierre ayant pu tuer un enfant.?
Garder l'homme attaqué! Non, celui qu'on défend,
C'est l'agresseur.

Alors luit dans l'ombre livide
Une métamorphose où se plairait Ovide,
Et la mythologie aimable reparaît.
Toute une capitale est changée en forêt;
La patrouille enchantée imite l'écrevisse;
Chez Argus souriant Morphée est de service.

Bruxelles, 30 mai 1871.