Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/325

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C'est bien, je les attends, songeant sous des cyprès.
Je leur montre les dents quand ils viennent trop près;
J'en. fais, quand il le faut,,. un exemple efficace;
Et l'on peut voir dans l'ombre à mes pieds la carcasse
De l'un d'eux qui, je crois, était un empereur.
Mais j'ai fort peu le temps de me mettre en fureur,
Et j'aime mieux rester tranquille. Je médite
Sur la terre, bénie au fond des cieux, maudite
Au fond des temples noirs par le fakir sanglant;
J'aime dans l'oeuf l'oiseau, le chêne dans le gland,
Dans l'enfant l'avenir, et sitôt que l'aurore.
Commence à nous verser du jour, je dis: Encore!
Et je demande au ciel pour nous, humanité,
Un élargissement immense de clarté;
Les injures qu'on peut me faire sont couvertes
Par l'azur, par le doux frisson des branches vertes,
Par le divin babil des nids mélodieux;
Cette nature a tant d'oreilles et tant d'yeux,
Elle regarde avec tant. de majesté l'homme,
Elle est si bien prodigue et si bien économe
De sa force que tout reçoit, que rien ne perd,
Elle mêle un tel verbe à son puissant concert,
Que je sens le besoin d'être un songeur utile;
Dieu surveille le vent, je surveille mon style,
Car l'orage et le vers seraient de vils moqueurs
Si l'un troublait les flots, si l'autre ouvrait les coeurs
. Sans règle, et s'ils n'avaient pour but, dans l'ombre infâme,
L'un d'assainir la mer, l'autre d'agrandir l'âme;
L'ombre, c'est l'ennemi, je la combats; je veux.
Aux énigmes du sort arracher des aveux,
Leur ôter notre coeur qu'elles ont dans leur serre,
Dissiper l'ignorance, abolir la misère;
Je suis l'esprit sévère, inquiet, froid, hautain,
Et le contradicteur de l'énorme destin;
Je marche sous l'horreur des branchages superbes,
Dans les profondes fleurs et dans les hautes herbes,
Ignorant les pays. interdits à mes pas,