Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/327

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X ALSACE ET LORRAINE



Ô le rêve insensé que font ces misérables!
De qui parlez-vous là? Des rois. Jours exécrables!
Jours que de noirs essaims d'Euménides suivront!
Terre et cieux! que mon nom, synonyme d'affront,
Soit maudit, que ma main se sèche et se flétrisse
Si jamais se taisait ma voix accusatrice! "
Temps hideux! voilà donc comment ces meurtriers,
Eclaboussés de sang du casque aux étriers,
Ivres d'orgueil, de bruit, de clairons, de bannières,
Traitent les nations, leurs pâles prisonnières!.
César brille, une flamme affreuse l'empourprant.
On coupe par morceaux les peuples. On en prend
Ce qu'on veut, ce qui plaît, le bras, le coeur, la tête.
On est un tas d'oiseaux de proie et de tempête
Se ruant sur l'auguste et sombre genre humain.
On est les chefs de l'ombre et l'on a dans la main
Les rênes des chevaux du sépulcre, on excite
De la voix tous les chiens monstrueux du Cocyte,
Grant, Bismarck et Gladstone et Bancroft l'aboyeur;
Cette prostituée inepte, la frayeur,
Mère des lâchetés, vous aide épouvantée;
Et pour tuer Paris,-ô tentative athée!
Comme jadis Xercès contre Léonidas,
On pousse la marée horrible des soldats,
On gonfle le flot noir des légions sinistres
On est les dieux ayant les démons pour ministres;