Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/344

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XIV Quoi donc!


Quoi donc! avoir pour but cette lâcheté, plaire!
Se donner cet emploi noble, auguste, exemplaire,
La flatterie! avoir pour maîtres les passants!
Obéir au vent noir soufflant dans tous les sens!
Être contre, être pour, suivant le baromètre!
Blâmer, puis approuver, défendre, puis permettre,
Non selon le devoir, mais selon le succès!
Parce qu'il est des fous risqûant tous les essais,
Qui violent nos droits au nom de nos principes,
. Laisser faire! Laisser dénaturer les types
De l'honneur, du progrès, du droit, de l'équité!
Vouloir le talion! souffrir, ô Liberté,
Qu'un trousseau de clés pende et sonne à ta ceinture!
Quand dans une ombre énorme et triste on aventure
Toutes les vérités en deuil, dire: C'est bon!
Nier l'astre, admirer la blancheur du charbon,
Déclarer vrai le faux, et l'injustice juste,
Louer Carrier après avoir flétri Procuste!
Vêtir sa conscience au gré de la saison!
Se mettre à la fenêtre et guetter l'horizon,
Regarder se gonfler telle ou telle bannière,
Pour savoir à quelle heure et de quelle manière
On pourrait être vil le plus utilement!
Quoi!.ce principe hier sincère, aujourd'hui ment!
Quoi! toute vérité qui gêne n'est plus vraie!
Si c'est mon intérêt, le cygne est une orfraie,
Peuple, et de ce lion, le droit, je fais mon chien!
Il suffit, pour changer soudain le mal en bien,