Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/361

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Jeunes hommes éclos sous l'empire rapace,
Frais, roses et glacés, vous dites quand je passe:
« -Ah çà! qu'est-ce que c'est que cet homme? il est fou.
Les vieux ont pour devoir d'être vieux. Un hibou
N'a pas le droit d'aimer le soleil. A son âge,
Il devrait de l'hiver faire le personnage,
Et ne point se répandre en élans-insensés.

Quoi donc! il dit Encor! quand, nous disons Assez!
Un falot nous suffit; il lui faut l'aube immense.
Il va, criant: Progrès! Fraternité! Clémence!
Enfantillage. Il est à ce point puéril
D'accepter un devoir qui contient un péril.
Il veut la liberté quand il a la vieillesse;
Qu'en fera-t-il? Aïeul, quitte ce qui te laisse,
Quand auras-tu fini d'avoir vingt ans,vieillard?
Il veut le plein midi, nous aimons le brouillard;
 
Au sac d'or qui nous charme, il préfère une idée.
Quand l'homme est vieux, il sied que l'âme soit ridée.
Il veut des droits pour nous qui voulons des écus.
Il pense qu'on a tort d'écraser les vaincus;
Il ne voit pas qu'Octave est couvert par Auguste;
Il en est à ne pas comprendre qu'il est juste
De faire arquebuser par monsieur Galliffet
Les gens dont on a peur, quand même ils n'ont rien fait;
Qu'il faut de bons bourreaux dans la guerre civile;
Et qu'on ne doit pas plus plaindre un peuple, une ville,
Pour quelques va-nu-pieds qu'on a pris, mis sous clé,
Ou tués,qu'on ne plaint un champ qu'on a sarclé.
Cet homme est la démence et nous sommes les sages.